Evanescent Archive

installation project

INTENTION

« Je suis un œil. Un œil mécanique. Moi, c’est-à-dire la machine, je suis la machine qui vous montre le monde comme elle seule peut le voir. […] Ma voie, est celle d’une nouvelle conception du monde. Je vous fais découvrir le monde que vous ne connaissez pas. » Dziga Vertov, Ciné-Œil (1923)

« Evanescent Archive » est une installation performative qui proposeune réflexion sur le désir humain de conserver les traces de son vécu.

Dès le début de l’humanité, l’homme a toujours tenté de représenteret de figer le monde qui l’entoure au travers d’images. Ce phénomènes’est automatisé avec l’avènement de la reproduction photographique du monde. Avec le tournant numérique, l’accumulation des imagessemble s’être intensifiée, soulevant, de manière plus systématiqueencore, la question de leur conservation.

A l’heure où toutes et tous ont les moyens de capter par la photo ou la vidéo n’importe quel événement, quelles valeurs donner aux images ? C’est cette question que je souhaite explorer dans monprojet « Evanescent Archive », une machine à développer des films sans fixer les images. Par ce processus, je désire questionner le sensde l’archive et des images dans notre société, convoquer le spectateur dans un présent où l’imprévisible est partie prenante de l’expérience.

L’installation prend la forme d’une machine constituée de deux éléments principaux : une chambre noire et un projecteur. Le premier module hermétique renferme la solution de développement et ledeuxième projette le film qui vient d’être développé. Seulement, comme ce film n’est pas « fixé », les images disparaissent lors dela projection et le spectateur se retrouve face aux images s’effaçant sous ses yeux. Cette machine est au centre d’une performance où le performeur est en charge de mettre en place la pellicule dans la machine, d’activer le mécanisme d’entraînement à l’intérieur de la « chambre noire » avant de par tir pour laisser le temps à la pellicule dese développer. A la fin du développement, le performeur revient pour enclencher le « projecteur » qui fait défiler le film à une fréquence de8 i/s, laissant le temps de percevoir à la fois le mouvement inhérent aufilm ainsi que sa disparition. A la fin de cette projection de 3 minutes,durée de la pellicule, le performeur retire soigneusement la bobine désormais vierge, la range dans un réceptacle métallique, l’étiquette, puis la classe sur une étagère située dans la même pièce.

Au travers de cette performance, le spectateur est amené à expérimenter une forme d’immédiateté face à cette projection unique dont la seule trace subsistante prend la forme de bobinesvierges archivées sur une étagère. Plus largement, l’installation ouvre la réflexion sur la question de l’auteur. Les bobines développéeset projetées sont en effet issues d’« un appel à participation » où l’idée est de mettre à disposition de réalisateurs et d’artistes unepellicule et une caméra 16 mm afin de les amener à créer un filmvoué à être éphémère, les dépossédant ainsi de leurs « œuvres » qui appartiendront désormais à la seule mémoire des spectateurs. A l’âge de L’œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique, pour reprendre le titre de l’ouvrage phare de Walter Benjamin, mon installation performative propose une archive d’œuvres non reproductibles, toutes identiques en apparence mais pour tant toutes différentes dans l’expérience.